Obsession
Le côté pathétiquement en manque d'affection du « gentil garçon » moderne est mis en évidence dans la vision tordue de l'amour proposée par Curry Barker.
Tu as sans doute déjà entendu parler d’ Obsession. Tu l’as peut-être même vu. Le bouche-à-oreille autour de ce film est sans précédent depuis des années : avec ce que Hollywood appellerait un budget de misère de 750 000 dollars, il est devenu un succès de plus de 220 millions de dollars. Ça n’arrive pas tous les jours, mais l’ Obsession ation du public avec « Obsession » vient-elle d’un véritable amour pour le film, ou est-ce juste pour voir le film de la «petite amie folle» dont tu as entendu parler sur Twitter ? Heureusement, c’est la première option, même s’il y a encore plein de gens en ligne qui vont regarder le film en pensant que Nikki est celle qu’il faut craindre, alors qu’elle était en fait prisonnière de son propre corps à cause d’un mec trop peureux pour l’inviter à sortir.
L'intrigue d'Obsession nous emmène dans une petite ville, où Bear (Michael Johnston) est sur le point de dire à Nikki (Inde Navarette), celle qui lui plaît, ce qu'il ressent pour elle, avant de se rétracter. Après avoir visité une boutique étrange qui vend des « One-Wish Willows », un objet qui peut exaucer un vœu si tu le casses, Bear souhaite que Nikki l’aime plus que quiconque au monde. Ce vœu se réalise, et s’ensuivent une heure et quarante-neuf minutes de terreur, provoquées par quelqu’un tellement obsédé par l’idée d’une personne qu’il ne pourrait jamais supporter de voir si la vraie version l’avait aimé.

Inde Navarette est la clé de ce film. Sa performance dans le rôle de la version « vœu » de Nikki et de la vraie Nikki est tout simplement incroyable. La façon dont elle exprime ses émotions, ses mouvements, les légères variations de sa voix. On peut louer le scénario et la mise en scène autant qu’on veut, mais sans Navarette, tout le film s’effondre. Elle est vraiment aussi douée que ça, et même si ses expressions ont fait le tour d’Internet depuis la sortie du film, il faut voir le film en entier pour réaliser à quel point elle est impressionnante. Aussi terrifiante que sympathique, Nikki est le genre de personnage d’horreur dont on parlera encore pendant des années. J’ai vu beaucoup de gens dire que Navarette allait devenir une « scream queen » grâce à ce rôle, mais j’espère qu’elle aura l’occasion d’explorer bien plus que le genre de l’horreur, car il est clair qu’elle a le potentiel de marquer n’importe quel projet si on lui en donne l’occasion.
Tu as sûrement entendu les éloges à l’égard de Navarette, mais je pense aussi qu’il faut souligner la performance de Johnston dans le rôle de Bear. Barker mérite lui aussi beaucoup d’éloges, pour la façon dont le film parvient à nous faire détester notre « protagoniste » et à nous faire comprendre dès la première minute quel genre de type il est. Bear est le « gentil garçon » typique, un homme qui n’a pas grand-chose à offrir à part l’idée qu’il serait le meilleur petit ami qui soit pour une fille qui le traiterait bien. L'état d'esprit toxique que ça engendre, la façon dont il s'accroche à son idéal de Nikki et y lie toute sa valeur, est brillamment incarné par Johnston. Avant même le vœu, avant même qu'on rencontre Nikki pour la première fois, on comprend très bien où se situent les priorités de Bear. Après la mort de son chat dans les premières minutes du film, on le voit pleurer sur son lit. Pas à cause du chat, mais parce que Nikki ne l’aime pas. Son désir est compréhensible, mais ses actions et son état d’esprit sont pathétiques. Bear vit dans un monde où il veut que tout lui tombe tout cuit dans le bec, sans faire le moindre effort. Ses amis lui disent de flirter avec Nikki, mais il rejette l’idée en la qualifiant de stupide. C’est un chasseur de rêves qui s’est lui-même cloué au sol avec du ciment. C’est un miracle que son autre amie, Sarah (Megan Lawless), l’apprécie tant que ça.
Comparé à l’autre film d’horreur viral du moment, Backrooms, * Obsession * est loin d’être aussi efficace pour maintenir un niveau de terreur constant tout au long du film. Alors que *Backrooms* peut faire peur même sous la lueur artificielle de l’éclairage de bureau, * Obsession * a besoin de l’obscurité pour te faire sursauter, mais il l’utilise incroyablement bien. L'absence de lumière autour de Nikki lorsqu'elle vient d'être transformée, la façon dont ses yeux noirs brillent comme si quelque chose d'autre essayait de s'échapper, tout cela est exploité au maximum pour te laisser dans le flou quant à ce à quoi on a affaire ici. Ça pourrait être un fantôme, un démon, mais en réalité, c’est juste la version de Nikki que Bear prétendait vouloir, l’originale étant prisonnière au plus profond d’elle-même. C’est un concept horrible à gérer, rendu encore pire par la réticence de Bear à accepter sa responsabilité dans l’enfer qu’il a fait vivre à quelqu’un qu’il prétendait aimer.
Obsession C'est une vision sombre de l'amour moderne. Ça peut être marrant de rire de certaines des choses que fait Nikki, l'obsédée, en montrant ta copine en disant « c'est tout à fait toi », mais Barker n'a jamais l'intention que le résultat final ressemble à une grosse blague. Il compte sur toi pour comprendre que Bear n'est en aucun cas la victime dans cette histoire. Il vit dans l’enfer qu’il a créé, un enfer dans lequel il a forcé Nikki à le rejoindre, en tant que spectatrice dans son propre corps. C’est un concept incroyablement sombre à explorer, qui ne manquera pas de laisser une impression durable, et qui pourrait bien te faire réfléchir à deux fois la prochaine fois que tu lanceras une appli de rencontre.
Gamereactor France